Produire des protéines sans produit phyto ?

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Protéagineux / Produire la protéine sur la ferme peut être très intéressant, si on maîtrise quelques bases. Une culture de légumineuses représente, si elle est réussie, une production d’environ 600 kg de protéines/ha ! ça vaut le coup d’essayer…

La base de la production de protéagineux sans phytosanitaire réside dans la rotation. Si elle est bien conçue, elle permet de diminuer fortement les pressions des maladies, adventices et ravageurs. Point important pour les protéagineux : ne pas revenir trop souvent sur la même parcelle, malgré leur fort intérêt en regard à la nutrition azotée des cultures suivantes.

Penser la rotation, première des préventions
Une période de 5-6 ans est à respecter entre deux légumineuses pour se prémunir des maladies des cultures. En effet, plusieurs maladies touchent les légumineuses (aphanomyces, anthracnose…) et peuvent être fortement limitées si la rotation permet d’espacer suffisamment le retour des cultures qui y sont sensibles.
Attention aussi aux autres familles de plantes cultivées qui pourraient être hôtes d’une même maladie.
C’est le cas de sclérotinia qui infecte le pois, le soja, la vesce et les oléagineux. Pour cela, il faut respecter un délai minimum de 3 ans entre ces cultures.
On peut ici faire une remarque sur les associations de cultures qui réduisent les risques occasionnés par la succession rapprochée de certaines cultures. En effet, le mélange de plusieurs espèces semblerait les protéger au moins partiellement de certaines maladies.

Un sol sain, pour des plantes saines
Les protéagineux font partie de la famille des légumineuses. Grâce à leur association avec une bactérie, ces plantes sont capables d’utiliser l’azote gazeux de l’atmosphère pour fixer leur propre azote et en restituer une partie au sol à la fin de leur cycle végétatif. Cette remarquable propriété est optimale dans les sols aérés et sera fortement pénalisée dans les sols hydromorphes ou tassés. Rappel : En moyenne, un sol bien structuré doit être composé de 50 % de vide (micro et macro porosité). Les protéagineux ont besoin de sols aérés pour fixer l’azote de l’air, et d’une bonne réserve hydrique pour remplir des graines de gros diamètre. Toutefois, selon les conditions du sol, plusieurs possibilités sont envisageables.

Hiver ou printemps, comment choisir ?
Bon à savoir : chez les protéagineux, seul le lupin d’hiver a un besoin de vernalisation pour fructifier. Les semis d’automne pour le pois et la féverole ne seront possibles qu’avec des variétés résistantes au froid. Dans l’objectif de réduire ou de se passer des produits phytosanitaires, il faudra privilégier la gestion de la rotation, et notamment l’alternance printemps/ hiver, pour garder une certaine maîtrise des adventices.
En culture pure, les pois protéagineux d’hiver ne sont pas recommandés en AB ou sans traitement phytosanitaire. En effet leur long cycle de culture les rend sensibles aux adventices or les outils mécaniques ne peuvent plus être utilisés dès que les vrilles des plantes se touchent.
Les associations sont alors recommandées avec des doses de semis réduites à 70 % pour le pois et 50 % pour la céréale. La féverole de printemps est très sensible au déficit hydrique de juin/juillet. La féverole d’hiver sera donc préférée sur les sols séchants. La féverole d’hiver présente également souvent une végétation plus concurrentielle vis-à-vis des adventices que la féverole de printemps.
A propos du lupin, le choix est simple, car la résistance du lupin d’hiver se limite aux conditions de l’ouest et du sud de la France. Il faudra donc forcément s’orienter dans notre région vers du lupin de printemps.

Comment faire avec les principales maladies et ravageurs, sans produit phytosanitaire ?
Pour ce qui est des maladies sur les protéagineux, la production sans l’utilisation de produit phytosanitaire implique d’éviter les conditions à risque. La qualité des semences est importante car nombre de ces maladies se propagent par ces dernières (attention aux semences de ferme). En TCS les résidus de culture non broyés et en surface sont vecteurs de maladies. Enfin éviter les peuplements trop denses, voire semer en mélange avec une autre espèce (céréale ou autre).
Zoom sur l’aphanomyces : Cette maladie devient très problématique lorsqu’elle s’installe sur une parcelle car elle peut l’infecter pendant plusieurs dizaines d’années. Il est donc primordial de prévenir son arrivée par des rotations bien réfléchies. Toutes les espèces de légumineuses n’y sont heureusement pas sensibles, ce qui vous permettra d’alterner entre elles pour diminuer le risque (voir encadré sensibilité à l’aphanomyces).
Et les ravageurs : La lutte contre les ravageurs des protéagineux sans produit phytosanitaire repose sur la biodiversité. Biodiversité au sein des parcelles en multipliant les espèces cultivées et les associations de différentes familles de plantes. Biodiversité autour des parcelles en préservant les habitats des oiseaux, insectes et autres prédateurs des ravageurs des cultures. Il n’y a pas de solution curative naturelle, il faut forcément prévenir !

Alice Dousse Interbio FC et Luc Frèrejean CA 70

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