L’agriculture doit « se réapproprier l’environnement »

GIEE_2

Coopération / Le GIEE Prairies Dor est une association qui permet à ses membres de simplifier les procédures pour l’entretien des haies, et de rationaliser leur valorisation à l’échelle de plusieurs communes. Les membres de l’association ont aussi d’autres projets pour l’avenir.

Un certain nombre de dossiers ont été abandonnés par les agriculteurs, alors qu’ils relèvent évidemment de leurs compétences. Il en est ainsi de certains sujets dans le domaine de l’environnement. La gestion des haies par exemple, est à plusieurs titres une activité agricole : d’une part il n’existe pas d’agriculture sans maîtrise de la flore sauvage ; d’autre part l’exploitation des haies a vocation à produire du bois, un bien de consommation. Probablement à cause des excès commis dans un passé désormais relativement lointain, les agriculteurs ont été dépossédés de la prérogative d’entretien des haies.

Inspirer confiance aux partenaires
Ou plutôt ils le croient, car les conflits sur ce sujet sont nombreux. Et leur méfiance est devenue grande, certains étant échaudés par des excès commis cette fois par les administrations ou les associations, notamment « sur le thème des cours d’eau et dans une moindre mesure celui des haies ». C’est le constat que fait Yves Etignard, agriculteur à Mailley-Chazelot et président de l’association Prairies Dor, reconnue en 2016 comme groupement d’intérêt économique et environnemental (GIEE). Avec ce GIEE justement, les agriculteurs peuvent changer la donne. Sur un chantier individuel d’entretien d’une haie, c’est vrai que les étapes à franchir peuvent être compliquées. Les interlocuteurs sont nombreux, les démarches, peuvent sembler obscures. Mais regroupés, les agriculteurs ont le pouvoir d’accélérer les procédures, d’inspirer confiance aux partenaires de l’administration et de la police de l’environnement, et de gagner en expérience pour une gestion rationnelle des haies. La loi ne dit pas en effet qu’il faut « mettre sous cloche » les haies ! Au contraire, il revient à l’agriculteur de les entretenir.

Bien utiliser l’argent public
La réflexion porte ses fruits. Depuis sa création, le GIEE a déjà effectué plusieurs missions chez des agriculteurs (voir ci-dessus le témoignage de Nicolas Bernard), pour leur apporter conseil technique et les soutenir dans les démarches administratives. Mieux, l’association peut contribuer à rendre plus efficace la distribution d’argent public. La haie, c’est du long-terme. Sans doute plus long que ne le sont les politiques publiques de soutien… Et parfois l’application de ces politiques de soutien manque de recul. Sur les travaux de la 2×2 voies sur la RN57 par exemple, certains terrains agricoles étant détruits, l’Administration dispose de plusieurs dizaines de milliers d’euros pour « recréer des haies ». « Mais, fait remarquer Yves Etignard, pourquoi recréer des haies dans une zone qui est loin d’en manquer ? » Par contre, il serait judicieux de « les entretenir de manière fiable, cohérente, et durable… ». Et l’argent public servira à meilleur escient. Une bonne idée qui pourrait être exploitée à l’avenir. De façon similaire, plutôt que de donner quelques dizaines d’euros à un agriculteur pour qu’il entretienne une haie pendant quelques années, pourquoi ne pas mutualiser ces sommes pour une politique ambitieuse à l’échelle d’un territoire ? Chacun y trouverait son intérêt.

Et générer des revenus
C’est aussi une idée du GIEE. Sur la zone de Noroy par exemple, il a rendu possible l’exécution de nombreux chantiers d’entretien, avec les économies d’échelle en découlant. Un entrepreneur ne se déplace pas pour quelques mètres de haies : il le fera pour quelques kilomètres. « S’il faut trouver 400 t de bois pour rentabiliser la venue de la machine, on va les trouver. Mais si on n’est pas assez nombreux, on ne va les trouver qu’une fois », explique David Hummel,également membre du GIEE. En revanche, en groupe, on pourra renouveler l’opération tous les ans, surtout si les collectivités sont impliquées, comme le prévoient les agriculteurs. C’est donc une façon d’être économe des deniers publics et de générer de la richesse pour les agriculteurs. De quoi transformer la corvée d’entretien en revenu complémentaire, le tout en « se réappropriant l’environnement ». Le GIEE a d’autres idées pour l’avenir (géolocalisation et gestion du pâturage, offre groupée de fertilisation organique…) mais cette première réalisation sur les haies est déjà en route. Elle n’attend plus que de nouveaux adhérents pour élargir son fonctionnement.

LD

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *