Casino choisit son camp

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Crise du lait / Les établissements Casino sont les seuls à ne pas avoir accepté le déréférencement symbolique des marques les moins rémunératrices pour les éleveurs. Ils ont donc subi la colère des agriculteurs de la FDSEA et des JA, à l’origine de la demande de retrait.

La semaine passée, les agriculteurs de la FDSEA, de la FDPL et des JA ont lancé un mot d’ordre contre les marques phares des grands industriels laitiers les plus « mauvais payeurs » de lait : Lactalis, Savencia. Également dans leur collimateur : Bigard et Charal, pour la viande. Avec un peu d’avance sur le reste de la France (un grand rassemblement est prévu à Laval le 22 août), les représentants des agriculteurs haut-saônois ont voulu symboliquement faire retirer de la vente des produits « qui n’enrichissent qu’une partie de la filière ».

Une centaine d’agriculteurs mobilisés
Après la demande faite en début de semaine, des groupes d’agriculteurs sont passés dans une trentaine de grandes surfaces pour vérifier que les consignes avaient été respectées. Chez la plupart, des rayons vides. Ça et là, des « oublis » qui ont été « confisqués » et distribués aux clients devant l’enseigne. Petite vengeance « qui ne met pas en péril le magasin », contrairement au « vol » du lait chez les éleveurs. « On donne nos produits, et en face le transformateur nous donne ce qu’il veut, se désespère Julien Deschanel. On vend une vache de réforme pour la viande, le camion vient et on nous dit “je te donne tant” ! Le lait on vient te le prendre tous les deux jours, pour un prix de tant que l’on découvre en cours de mois. »
Résultat : des éleveurs en péril, et moins de jeunes éleveurs : « Dans ce département, on est passé de 50 installations il y a 2 ans, à 10 l’année dernière, et cette année il y en aura très peu. »
Vendredi soir, devant le refus du groupe Casino de respecter le mot d’ordre de déréférencement, les éleveurs sont passés une nouvelle fois à l’action. « Au départ, cette action ne se dirige pas contre les grandes surfaces mais contre les transformateurs, précise un responsable syndical. Sauf pour les enseignes qui ne respectent pas les règles du jeu ! » Une centaine d’agriculteurs se sont donc mobilisés simultanément contre les magasins de Gray, Luxeuil, et Saint-Loup-sur-Semouse. Une trentaine de bennes ont été déversées sur les parkings des 3 magasins.

Même l’inflation suffirait
Deux jours aupravant, un camion de lait du groupe Lactalis a été intercepté, son lait transféré dans une tonne à lisier et son contenu déversé sur le parking. « On récolte ce que l’on sème ! » regrette un manifestant. Les revendications sont pourtant plus modestes que d’habitude : un lait payé au moins au coût de production. Pour Pierre Besançon, l’objectif est minimaliste : « Même si on ne comptait que l’inflation, le lait standard devrait aujourd’hui être payé à 540 €/t. On n’en demande pas plus. » Un calcul exact pour celui par exemple qui s’est installé en 1983 : le prix français de janvier 1983 était de 16,3 centimes de francs, soit 249 €/1.000L. Avec exactement 116 % d’inflation cumulée depuis cette date (données Insee, évolution du prix du panier représentatif), le prix du lait serait aujourd’hui de 538 €.

LD

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