Que d’eau, que d’eau !

Inondation

Inondation

Météorologie / La succession d’épisodes pluvieux rapprochés complique la gestion du pâturage et repousse la récolte des foins. Les potentiels de rendement des cultures d’hiver sont impactés par l’asphyxie des sols, tandis que la pression des maladies fongiques augmente.

Sale temps pour l’agriculture. Le cours répit du début du mois de mai a été suivi d’une nouvelle série de perturbations, accompagnées ça et là de forts coups de vent, de grêle, et de pluies torrentielles. « Au cours des cinq premiers mois de l’année, les cumuls de précipitations atteignent déjà 80 % de la moyenne annuelle des cinq dernières années », expose Émeric Courbet, conseiller grandes cultures à la Chambre d’agriculture de Haute-Saône. La situation, déjà délicate début mai, tourne à la catastrophe. Si 90 % des maïs environ ont été semés à l’échelle du département, certaines exploitations sont loin du compte, notamment dans les zones qui avoisinent la Saône et l’Ognon. « Certaines exploitations n’ont semé que la moitié de leur surface en maïs et en soja, les parcelles inondables sont sans arrêt sous l’eau. Et les semis ne reprendront certainement pas avant le 10 juin. » Si pour les maïs destinés à l’ensilage, semer après le 10 juin n’est pas problématique, il faut néanmoins penser à changer de classe d’indice de précocité pour les maïs grains. « Le modèle climatique, qui prend en compte le cumul des températures en base 6-30, montre que les 1700°C nécessaires à la maturité d’un maïs grain d’indice 350 seront péniblement atteints en fin d’année… ce qui se traduira par des frais de séchage supplémentaires, sans parler des problèmes sanitaires, avec les risques de mycotoxines que comporte une récolte tardive. »

Limaces, pucerons, maladies
Les cultures de printemps, dont les conditions d’implantation n’ont déjà pas été optimales, sont confrontées à « des quantités de limaces rarement été observées. »
Côté céréales, il semble que les sept plaies d’Égypte se soient données rendez-vous cette année. « Normalement lors d’années humides, il n’y a pas d’insectes ! Sauf cette année 2016, où en plus de la septoriose sur blé, les pucerons sont présents. Ils étaient présents cet hiver. Ils sont présents aussi sur tournesol. La pression maladie est très élevée, et de la verse est observée. Pour protéger les céréales, il faut investir dans des fongicides, mais la conjoncture actuelle n’est pas à l’investissement, compte-tenu de la faiblesse des prix de céréales annoncés. Or l’azote et les fongicides sont des intrants  »fonction de production », ce qui fait que si on baisse la garde sur les fongicides, l’azote qui a été apporté tout au cours du cycle ne sera pas valorisé. » Cruel paradoxe donc, que d’être obligé de traiter pour limiter les pertes… De plus, l’engorgement des sols en eau, alors que la floraison a commencé, va entamer les potentiels de rendement.

Foins retardés
Les éleveurs du département ne sont pas en reste. Les solutions mises en avant pour éviter de trop dégrader les pâtures trouvent leurs limites quand le temps humide perdure, sans épisode de sec suffisant pour permettre le ressuyage. « Il faut tenter de limiter les gaspillages en faisant pâturer, ne serait-ce que quelques heures par jour, car l’herbe continue de pousser », préconise Honorine Adam, de Haute-Saône Conseil Élevage. Quant à la récolte du foin, qui permettra de nourrir les troupeaux cet hiver, elle a aussi pris du retard, ce qui se traduit par une baisse de valeur alimentaire (lignification) et çà et là des verses, synonymes de fourrage souillé par la terre. « Ceux qui ont fait le choix d’enrubanner début juin ont pu sauver les meubles, car depuis il n’y a pas eu de créneau favorable. » relève Emeric Courbet. Les valeurs alimentaires de ces enrubannés s’annoncent en revanche correcte, d’après les premiers résultats d’analyse réalisés en Haute-Saône. « En moyenne, on est à 0.91 UFL, donc des fourrages intéressants en énergie, ce qui est lié avec leur bonne digestibilité (74%). En revanche, les plantes sont moins bien pourvues en azote. On est à 12 MAT, soit 79 et 73, PDIN et PDIE. Il faudra donc prévoir de corriger ces fourrages en protéines pour équilibrer les rations des vaches laitières. », détaille Honorine Adam, sur la base des résultats de 20 échantillons d’herbe destinée à l’enrubannage, récoltés entre le 3 et le 10 mai (en majorité des associations ray-grass & trèfle).

AC

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