Et la pluie, par-dessus le marché…

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Météo / Comme si l’état des marchés et la crise laitière ne suffisait pas : la météo s’en mêle. Les représentants des agriculteurs de Haute-Saône ont invité les élus locaux et responsables de l’Administration à se rendre compte sur place de la situation catastrophique.

Elles volent toujours en escadrille… L’agriculture connaît pour la troisième année consécutive une situation de crise, avec en 2016 une accumulation de catastrophes sur lesquelles l’emprise est faible : crise des prix, crise laitière, retards de paiement des aides, et par-dessus le marché, une météo plus que défavorable. Pour sensibiliser les élus, la MSA et l’administration à cette situation, la chambre d’agriculture, la FDSEA, la FDPL et les JA les ont invités, vendredi 17 juin, au Gaec Moreau Lucot à Saint-Broing. Le directeur de la DDT, le député Alain Chrétien et le Sénateur Alain Joyandet avaient fait le déplacement. « Nous avions 100 ha à semer au printemps, explique d’emblée Olivier Moreau, il nous en reste environ 40. » Et l’état de certaines parcelles ne permettra pas de sitôt d’y revenir. « C’est la situation sur l’ensemble du département, complète Sylvain Crucerey, de la FDSEA. Les animaux “tripent”, préfèrent rentrer dans les bâtiments. Là où on a pu faire un peu d’enrubannage la semaine passée, ça a été une catastrophe pour enlever les bottes. » Ici et là, les animaux sont rentrés, et les éleveurs se refournissent en foin parfois au prix fort (jusqu’à des 200 €/t).

Découragement
« Il nous fallait une super année pour rattraper les deux précédentes, renchérit Thierry Chalmin, pour nous donner du baume au cœur. Mais la situation est telle que ça ne donne pas envie aux agriculteurs en seconde partie de carrière de continuer ; quant aux jeunes, ils disent “si j’avais su”… » Le tableau dressé par Stéphane Aubert Campenet, de la chambre d’agriculture, n’est pas brillant : les orges ne passeront pas en brasserie ; les maladies cryptogamiques des épis sont à la fête ; la floraison des orges de printemps se fait sans soleil ; quant aux maïs, « de 20 à 25 % des surfaces ne sont pas semées, avec d’énormes disparités selon les zones ».
Pour Didier Vagnaux, la situation est vraiment grave : « Autant le monde agricole a pu se plaindre quand ce n’était pas forcément nécessaire, autant là… » Le président d’Interval a fait un point de situation alarmant. « Sur la zone de Recologne, ce sont plus de 400 ha qui ne sont pas semés. Les blés sont tous malades. Il y a 95 chances sur 100 qu’ils soient mycotoxinés. » Et que la légère embellie dans le prix des céréales ne fasse pas illusion : ce sont les meuniers qui se couvrent en ancienne récolte, en prévision d’une nouvelle avec des taux de DON qui dépassent les seuils autorisés en alimentation humaine. Au contraire, on risque cette année « une surproduction comme l’an passé, avec une mauvaise qualité comme il y a 2 ans… »

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Chez les producteurs de lait, les difficultés s’empilent : « On mesure une légère baisse de production ; mais surtout, il faut se rappeler que le lait est d’abord fait avec la ration de base. Et sans fourrages cette année, on n’arrivera pas à atteindre des coûts de production compétitifs. » Même si la météo s’arrange ces derniers jours, le début d’année a causé des dommages irréversibles.
Que faire sur les parcelles par encore semées ? Tout est encore possible, même si techniquement des pistes sont déjà fermées. Les maïs à indices courts (voir page 10) peuvent être encore implantés, avec le risque des gelées précoces en octobre. Sinon, toute culture raisonnablement envisageable peut être implantée, à condition de notifier la DDT d’un changement de code Pac. « Seul le code “jachère” ne peut être ajouté, la date du 31 mai étant la limite », rappelle Stéphanie Weissenbacher, en charge des aides à la DDT. Si la nouvelle culture est susceptible d’enclencher une aide particulière (SIE, protéagineux), il n’est plus possible de l’obtenir (exemple : trèfle en place de maïs). En revanche, si la culture par exemple est déjà éligible aux SIE, on peut en implanter une autre également éligible, sans perdre le bénéfice de l’aide. « Si pendant la période de contrôle (15 juillet au 15 septembre) la culture est levée, il n’y aura pas de problème », ajoute Thierry Poncet.
Reste que pour certains, la perte est totale, notamment ceux qui ont dû ressemer, parfois 2 fois, ou ceux qui ont déjà prévu de broyer leur culture (pois, féverole). Si au moins le reste de la conjoncture voulait bien se rétablir… Mais en céréales comme en lait, rien ne s’arrange. « L’État est capable de voir à 15 ou 20 ans pour payer de l’électricité photovoltaïque ou solaire, au-dessus des prix de marché, remarque Emmanuel Aebischer. Mais pour l’alimentaire ? » On piétine toujours.

LD

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