Redonner du goût à la production

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Lait bio / Alors que le prix du lait standard connaît des bas historiques bien en-deçà des coûts de production, visite dans une exploitation qui produit du lait bio depuis 2010. Un modification de tous les aspects de la gestion de l’exploitation, qui redonne du goût au travail du lait tant par le défi technique que cela représente que par le niveau de rémunération.

La conversion en bio était déjà dans l’idée de Benoît Courbey quand il s’est installé en 2008 sur l’exploitation familiale, l’EARL des Champs Colomb à Velet. Des réductions de dose sur céréales à la conduite extensive des pâtures, de nombreux aspects de l’exploitation étaient déjà « bio ». La proximité avec la ville (l’exploitation est aux portes de Gray-la-Ville) et les remarques désobligeantes des riverains mal informés lors des traitements ont fait partie des éléments déclencheurs : la conversion bio a débuté le 10 mai 2010.

Le défi technique des céréales
Pour le troupeau, « cela n’a pas posé de problème », se souvient Benoît. Avec 3 traitements autorisés chaque année pour les adultes, la marge est grande, puisque en moyenne l’éleveur en applique 1,5 voire un seul. À part un souci au vêlage ou un retournement de matrice, le besoin ne s’en fait pas sentir. Le troupeau d’une soixantaine de vaches montbéliardes est passé d’une moyenne de 7500-8000 L à environ 6000-6500 L. Rien de plus classique pour un passage en bio. « On pourrait les maintenir à 7 000 ou 7 500 l, avec une VL 18 en début de lactation, et l’aliment fermier maison. » Mais ce serait se créer d’autres problèmes. Le choix est donc plutôt de se concentrer sur le défi principal de la conversion : l’autonomie alimentaire. Et pour cela il faut s’attaquer au problème qui semble le plus difficile à Benoît : les céréales. « Là, pas de rattrapage possible ! » constate le jeune agriculteur, « notamment pour l’enherbement ». La mise en place des rotations longues est le premier pas incontournable : blé, triticale, seigle, pois, féverole, avoine… De nouvelles cultures font leur apparition, notamment pour venir apporter au sol (et aux animaux) ce qui, tout compte fait, est le facteur limitant de l’agriculture biologique : l’azote. Un des avantages de l’EARL des Champs Colomb est la surface importante consacrée aux prairies : 120 ha sur un parcellaire de 180 ha. « Si je me retrouve avec une impasse de salissement, je peux toujours remettre en herbe. Pour un céréalier pur, c’est plus dur. »

Une trésorerie plus stable
La charge de travail ? Elle est plus ou moins la même. Sur les céréales, le temps qui est économisé aux traitements est consacré à la gestion des adventices (passage de herse étrille ou de l’écrouteuse). En céréales, les rendements sont faibles (25 ou 30 qx/ha) mais les charges sont limitées : la marge est largement aussi bonne. Même constat en lait, à condition encore une fois de savoir gérer l’alimentation. « Le tourteau 35 bio est à 750 € la tonne, rappelle l’éleveur. Dans ces conditions, cela ne vaut probablement pas le coup de mettre 300 g de tourteau en plus pour gagner 2 points de TP… » Comme partout avec la loi des rendements décroissants, les derniers litres coûtent cher, et les derniers points de TP aussi. Mais le gros avantage de la production laitière bio ne réside pas tant dans le prix du lait confortable (445 € en ce moment) que dans la stabilité des rentrées d’argent. Le contrôle laitier a fait des comparaisons de coût de ration : chez les bios, on trouve une plage entre 160 et 200 € de coût pour 1 000 l de lait. Chez les conventionnels, les coûts s’étalent plutôt de 100 à 160 €/1 000 l… pour un prix du lait malheureusement plus proche de 270 que de 470. Résultat : une marge aux mille litres à près de 100€ en faveur des bios. De quoi redonner du cœur à l’ouvrage.

« On essaye plus de choses »
Une autre motivation forte que l’on retrouve souvent chez les producteurs de lait bio est l’envie d’approfondir certains aspects techniques. Si l’utilisation des moyens de lutte biologique n’est pas l’apanage des « bios » (ils les ont sans doute remis à la mode), c’est en tout cas leur seul outil. Du trèfle dans le blé, de la luzerne dans l’orge, du soja, des semis en dérobé… « On essaye plus de choses », se réjouit Benoît Courbey. C’est le côté stimulant de la production bio. D’une part les producteurs, et les céréaliers en particulier, sont obligés de trouver des solutions alternatives dès qu’ils s’interdisent un moyen de lutte ; d’autre part les faibles coûts d’implantation représentent un risque moindre en cas d’échec.
Le défi majeur de l’EARL des Champs Colomb reste aujourd’hui l’autonomie. Une réflexion obligatoire, chez les bios comme chez les conventionnels. D’année en année, les dommages causés par les corbeaux sur le maïs a rendu cette culture quasiment impossible en bio sur le secteur du graylois. Il a fallu arrêter. Il faut donc trouver l’énergie équivalente ailleurs. Aujourd’hui, c’est l’ensilage d’herbe qui remplace en partie le maïs, avec un peu d’affouragement en vert l’été. Pour cela, l’exploitation s’est équipée d’une grande auto-chargeuse ramenée de Haute-Savoie. « L’équivalent d’une heure de travail par jour sur juillet et août, mais je ne tape pas dans mes stocks. »

Une conversion sur une base saine
Alors que les prix du lait conventionnel n’en finissent pas de plonger, les conversions en bio affluent (voir ci-dessous). Pour autant, il ne suffit pas d’en faire le vœu pieu : la conversion se prépare. Il est de notoriété publique, par exemple, qu’un état sanitaire irréprochable est un préalable indispensable. Mais il en va de même pour la santé financière de l’exploitation. « Celui qui a des difficultés économiques aura du mal à la conversion : plus d’hectares à gérer, moins de sécurité… »
Entre 2010 et 2015, les conversions ont été nombreuses et ont permis de doubler la production de lait bio au niveau national. Depuis, le rythme est moins soutenu mais toujours positif, le nombre de conversions dépassant celui des arrêts. À ce jour, le marché français n’est en tout cas toujours pas autosuffisant, d’après les chiffres de l’Agence Bio. Le risque est bien sûr d’un renversement de tendance en cas d’afflux massif de nouveaux bios, qui déstabiliserait le marché. Mais ce n’est pas encore le cas, et la stabilité des prix le prouve. « Je ne repartirais pas en arrière » conclut le jeune éleveur.

LD

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