Alimentation et fertilité

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Elevage laitier / Pour la reprise de l’activité ovarienne après le vêlage, la maîtrise de l’état corporel reste un paramètre essentiel : cela passe par une alimentation contrôlée, notamment lors de la période de tarissement.

Des rapports complexes, impliquant les hormones, régissent l’alimentation et la fertilité de la vache laitière. Les récentes avancées dans le domaine de l’épigénétique mettent même en évidence un impact sur plusieurs générations. On sait par exemple qu’une sous-alimentation au cours du premier trimestre de gestation chez la vache laitière induit une diminution de la réserve ovarienne chez ses filles, ce qui dégrade leur future fertilité. « C’est une glande située à la base du cerveau, l’hypothalamus, qui contrôle la reproduction via la production d’une hormone appelée GnRH, explique le docteur vétérinaire Marc Ennuyer. Cette hormone agit sur l’antéhypophyse, qui va libérer deux hormones, FSH et LH, qui agissent sur les follicules ovariens. Ceux-ci donnent les ovocytes, puis les embryons. » Or plusieurs facteurs peuvent interférer avec le fonctionnement normal de l’hypothalamus. La lumière, tout d’abord : une vache élevée dans l’obscurité ne viendra pas en chaleur. L’allaitement constitue un stimuli négatif, ce qui est bien connu des éleveurs allaitants. « L’alimentation, à travers l’évolution de l’état corporel, le bilan énergétique et les carences éventuelles en oligo-éléments, peut perturber le fonctionnement de l’hypothalamus. Il s’agit d’un organe insulino-dépendant, c’est-à-dire qui a besoin de glucose pour fonctionner. Si le déficit énergétique est très marqué, la production de GnRH s’arrête. Les leptines, secrétées par le corps gras, ont un rôle négatif sur les ovaires : c’est responsable de l’infertilité des génisses grasses… »
Au cours de la lactation, le bilan énergétique évolue en fonction de deux courbes, celle des besoins, parallèle à la courbe de lactation, et celle des apports de la ration. La capacité d’ingestion, au plus bas au moment du vêlage, ne sera maximale que 12 semaines plus tard. Le pic de lactation, lui survient beaucoup plus tôt.

Bilan énergétique en début de lactation
« C’est ce décalage qui est responsable de l’amaigrissement de la vache en début de lactation. Pour limiter l’amaigrissement, l’éleveur ne dispose que de deux leviers. Le premier c’est celui de la densité énergétique de la ration, le second c’est celui des quantités ingérées. Il est bien plus réaliste d’améliorer l’ingestion que la densité : si vous parvenez à faire manger un kilo de matière sèche supplémentaire à votre vache, c’est deux fois plus efficace que de gagner 0,02 UF sur la ration de base. » L’amaigrissement de la vache, inéluctable, entraîne une mobilisation des graisses des réserves corporelles. La libération d’acides gras non estérifiés dans le sang provoque une diminution des défenses immunitaires. Après la phase de déficit, la baisse de la lactation permet à l’animal de restaurer ses réserves. « C’est une phase indispensable, parfois difficile quand la persistance est élevée. » Concrètement, c’est l’évaluation de l’état corporel qui va permettre à l’éleveur de piloter au mieux cette phase. « L’idéal est de contrôler l’état corporel 100 jours avant le tarissement, de manière à ajuster la ration pour tarir les vaches dans l’état corporel dans lequel on veut les voir vêler. J’encourage mes éleveurs à mesurer le périmètre thoracique de leurs vaches, car c’est un bon indicateur : 1 cm correspond à 7 kg. » Le but de cette surveillance est d’éviter d’avoir des vaches qui arrivent au vêlage trop grasses ou trop maigres. « Notre meilleure cliente, c’est la génisse dont le vêlage était prévu à 24 mois, et qui a été décalée à 30… et qui arrive donc trop grasse. Toutes les pathologies, métrites, déplacement de caillette, etc., c’est pour elle. » Car une vache grasse maigrira plus et plus vite en début de lactation, avec toutes les conséquences néfastes de la fonte rapide des réserves : cétose, œdème, fièvre vitulaire… et aussi un retard des premières chaleurs. Une vache trop maigre démarrera mal sa lactation, aura des problèmes de non délivrance et ne reviendra pas en chaleur.

Âge au premier vêlage
« La limite entre un amaigrissement tolérable et un amaigrissement trop poussé, c’est un point et demi d’état corporel. L’objectif doit être de limiter la perte d’état à un point. » Pour y parvenir, le praticien propose plusieurs pistes, notamment alimentaires. D’abord la transition alimentaire de la fin du tarissement. « Il faut permettre au rumen de s’adapter à la ration de production, tant sur le plan de la flore que des papilles. Il est donc important de remonter la densité énergétique une semaine à quinze jours avant la date prévue du vêlage. » Ensuite, au démarrage de la lactation, l’ingestion doit être stimulée. « C’est souvent une question d’organisation. Il est aussi vital d’éviter l’excès d’azote dégradable – comme c’est le cas parfois avec les pâturages d’automne – qui amplifie les conséquences du déficit énergétique. » L’idée est de favoriser la reprise de l’activité ovarienne post- partum. « Selon les objectifs de l’élevage, on aura des stratégies différentes. On peut vouloir maximiser l’expression du pic de lactation, pour de nombreuses raisons (économiques, génétiques…) et accepter alors une moins bonne fertilité, des lactations et un IVV plus longs. D’autres éleveurs par exemple pour grouper les vêlages voudront privilégier la fécondité, et auront alors intérêt à écrêter le pic de lactation. » Marc Ennuyer insiste également sur la détection des chaleurs, point clé de la maîtrise de la fertilité. «La surveillance doit être une seconde nature : c’est un véritable travail à temps plein. Pour bien le faire, on doit rester 20 minutes avec les animaux – pour ne pas rater de cycle de chevauchement – et à partir d’un certain effectif on doit s’appuyer sur un planning prévisionnel pour se concentrer sur les animaux susceptibles d’être en chaleur. La fréquence des observations a un lien direct avec le pourcentage de vaches détectées en chaleur. Pour mettre toutes les chances de son côté, il faudrait trois séquences quotidiennes d’observation. »

AC

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