Fiers malgré tout

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Syndicalisme / La conjoncture est morose, avec des prix des matières premières agricoles historiquement bas, et un contexte international qui ne laisse pas espérer de reprise rapide. Invité pas la FDSEA et la FDPL à leur AG, le président de la FDSEA de Haute-Loire Yannick Fialip a repassé en revue les événements de l’année 2015 et incité les agriculteurs à rester « fiers ».

Que dire en ce milieu de mois de février, alors que les agriculteurs de toute la France se mobilisent pour essayer de faire bouger les lignes ? L’assemblée générale de la FDSEA et de la FDPL est toujours un moment d’échange important, entre les élus syndicaux et les adhérents ; mais cette année le dialogue n’était pas seulement important. Il était nécessaire, alors que les esprits sont échauffés et les trésoreries à sec.

La famille, le métier, le réseau…
Yannick Fialip connaît bien l’état d’esprit des agriculteurs. Président FDSEA 43, il est éleveur dans un département très rural comme le nôtre, et lui aussi est sans cesse interpellé par ses adhérents en attente de solutions. S’il ne sait pas de quoi sera fait l’avenir de l’agriculture, il connaît son présent et revendique une triple fierté.
La « fierté de la famille » en premier lieu : « Elle doit être un guide, un repère dans notre société », commence le syndicaliste. En agriculture, la famille est à la base de l’exploitation, et rien ne se ferait sans elle : « Même la reconnaissance de la femme dans l’exploitation s’est faite autour du noyau familial ». Deuxième fierté : le travail bien fait. « Nous partageons cet amour du métier, cette fierté de la belle récolte, du bel animal. Nous sommes un vecteur de vie puisque notre vocation est de nourrir la population. » Troisième fierté enfin : l’appartenance à un réseau, le réseau syndical. « Nous y partageons des valeurs fortes de responsabilité, de solidarité ; nous sommes le refuge, nous cultivons l’accueil, nous nous occupons des agriculteurs en difficulté. »

Une crise des prix
En attendant, la crise agricole dure. « Une crise des prix, bien entendu, mais aussi une crise sociale, où se mêlent manque de reconnaissance, excès de temps de travail, décalage de la valeur de l’investissement… » Pour résoudre ces problèmes, Yannick Fialip s’est félicité d’appartenir à « un syndicat de solutions » : « Votre mobilisation a changé la donne en 2016 », a-t-il remercié. À l’appui, un film retraçant les événements marquants de l’année écoulée : des manifestations du printemps à celles de l’automne, en passant par les tables rondes de l’été et les actions à Paris et Bruxelles, l’année a été chargée. Des accords ont été décrochés, qui n’auraient sans doute pas eu lieu sans ces manifestations. Pourtant l’action syndicale est à double tranchant, comme l’explique Sylvain Crucerey, président de la FDSEA : « Comment exprimer notre désespoir sans frustrer le consommateur, qui pour le moment est avec nous ? » De son côté, le pouvoir politique aura été plus suiveur que force de proposition : « Nous avons vu qu’un accord signé dans un ministère peut à tout moment être remis en cause, continue Sylvain Crucerey. Le Foll n’a aucun pouvoir sur la grande distribution ou sur Bigard. » Pire, en pleine calamité naturelle l’été dernier, il a « piqué 255 millions dans la caisse des agriculteurs », s’indigne Yannick Fialip : une allusion à la ponction par l’État de plus de 250 millions d’euros sur les réserves du Fonds national de gestion des risques en agriculture (FNGRA), le 13 novembre dernier. A peu près le niveau du complément au plan de soutien à l’élevage annoncé par le Gouvernement le 26 janvier.

Les SNA : la brimade en trop ?
Ce sont donc des prix que réclament les agriculteurs, et « non des primes », selon l’adage désormais classique. À ce sujet, le député Alain Chrétien va loin dans le calcul : « La France distribue 110 milliards d’aides. Mais 1 euro d’aides, c’est 1 euro d’impôts. Il vaudrait mieux supprimer les aides, et baisser d’autant les charges. » Bien que le raccourci ne soit pas toujours si évident, car ce ne sont pas forcément les mêmes bourses d’où viennent les ressources et où sont versées les aides. Autre sujet d’importance : les surfaces non agricoles. « En 2016, à l’heure d’internet, on en est encore à imprimer des photos pour une administration tatillonne qui ne comprend pas que les vaches vont s’abriter sous les bosquets ? » s’indigne Sylvain Crucerey. Thierry Chalmin, les président de la chambre d’agriculture, a sa méthode à lui pour faire passer le message : il a pointé chacune des 147 anomalies qui lui avaient été attribuées. Résultat : 44 % ne le concernaient pas. « Et comme j’estime avoir fait le travail dont l’administration aurait dû se charger, j’ai renvoyé mes documents à la DDT avec une facture pour le temps passé. »

L’agriculture cause nationale
Les attentes des agriculteurs sont donc fortes. Des politiques, ils n’attendent pas vraiment de soutiens directs, souvent taxés de « cataplasme sur une jambe de bois », mais plutôt des prises de position fortes à Bruxelles qui campe sur son crédo ultralibéraliste, et auprès des acteurs de l’interprofession. « Vous devez faire de l’agriculture une cause nationale, au delà de vos clivages politiques, lance Emmanuel Aebischer. Un peu comme vous avez su le faire par exemple au conseil régional pour augmenter vos indemnités. » L’ironie fait mal, mais les mathématiques encore plus : « En moyenne depuis un an, les PME du département ont payé 20 € de mieux que les grands groupes, Lactalis et Sodiaal. En multipliant par les 140 millions de litres qu’ils collectent, ce sont 2,8 millions d’euros qui ne sont pas allés renflouer les trésoreries des exploitants haut-saônois. » Un chiffre que le président de la FDPL compare au FAC (fonds d’allégement des charges) pour notre département : 2,3 millions d’euros…

LD

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