Des arbitrages pour une répartition équilibrée

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Crise agricole / Fonds d’allégement des charges lancé par l’État, aide exceptionnelle climatique débloquée par le département et la région… Les agriculteurs ont bénéficié de plusieurs soutiens depuis cet été. Thierry Chalmin, président de la chambre d’agriculture, et Sylvain Crucerey, président de la FDSEA, reviennent sur ces soutiens et expliquent les rouages de leur répartition.

Pourquoi ces différents plans de soutien depuis cet été, à différents échelons ?
Sylvain Crucerey (SC) : Il faut bien différencier le Fonds d’Allégement des Charges (FAC), débloqué par l’État et l’Europe, de l’aide conjoncturelle décidée par le département et la région. La première est une réponse à une situation économique particulièrement difficile, avec des prix très bas et des charges qui explosent. La seconde est un soutien de la collectivité locale à un épisode climatique catastrophique subi notamment par les éleveurs cet été.

De quels montants parle-t-on ?
SC :
Le plan sécheresse se chiffre à 500 000 €, la moitié étant apporté par le département et l’autre par la région.
Thierry Chalmin (TC) : Quant au FAC, il est basé sur une répartition nationale à l’échelle de la région en fonction du nombre d’éleveurs. Sa déclinaison régionale a permis d’attribuer à la Franche-Comté un montant de 3,3 M€, dont 2,137 M€ pour la Haute-Saône.

Quels ont été les critères retenus pour la répartition du FAC à l’intérieur de la région ?
TC :
Chaque région a réuni une cellule d’urgence avec des représentants des agriculteurs, des banques, des centres de gestion, de la MSA. En fonction du nombre de demandeurs, et sur une photo de la situation au 20 novembre, les bénéficiaires ont été sélectionnés selon des critères nationaux précis : 50 % de spécialisation, 35 % d’endettement, 12 % de baisse de l’EBE.
SC : Ces critères pouvaient être adaptés ; nous pouvions prendre 35 % de spécialisation au lieu de 50 %, comme ça a été le cas dans le Doubs ou le Jura. Cela faisait rentrer plus de monde dans les critères, mais favorisait l’effet « saupoudrage ».

Il a donc fallu faire des arbitrages ?
TC :
Bien sûr. Moins de spécialisation, c’était diluer l’aide sur les exploitations de culture. Avec les choix que nous avons faits, les besoins des 600 dossiers présentés sont couverts à 54 %.
SC : Quant à l’aide sécheresse du département, nous avons également voulu coller au plus près à la réalité des impacts météo de l’été : c’est pour cela que nous avons voulu l’aide différenciée, à 4 €/UGB au nord, 8 €/UGB au sud (en ciblant les cantons les plus impactés).
TC : Nous avons aussi proposé des seuils pour l’obtention de l’aide : 12,5 UGB sur la zone à 8 €, 25 sur la zone à 4 €. Nous connaissons la typologie des exploitations, et sans cette distinction, trop d’entre elles auraient été exclues du dispositif.

Qui sont au final les bénéficiaires ?
TC :
Notre ligne de conduite a été avant tout de privilégier les exploitations qui ont une part élevage la plus importante, puisque c’est l’élevage qui a le plus souffert de la crise et de la sécheresse. Nous avons donc raisonné sur la « ferme Haute-Saône » dans son ensemble, avec ses équilibres bien connus : plus d’élevage au Nord et à l’Est, plus de cultures au Sud et à l’Ouest.

De quels montants parle-t-on ?
SC :
C’est difficile de donner un chiffre tant les dossiers sont variés, mais rappelons que le besoin moyen par dossier FAC était de 6 300€, et sera en moyenne couvert à 54 %. De l’autre côté, l’aide « sécheresse » du département (à 8 ou 4 €/UGB) est de l’ordre de quelques centaines d’euros, puisque l’élevage moyen dans le département comporte 100 UGB.

Y a-t-il des territoires oubliés ?
TC :
On ne peut pas nier que la sécheresse a touché l’ensemble du département, mais à des degrés divers. En conséquence, la répartition de l’aide publique a été également proportionnée. Il y a déjà eu dans le département des plans de soutien départementaux, par exemple lors des achats de paille. On avait alors déjà raisonné au niveau de la ferme Haute-Saône, et, évidement déjà a l’époque, nous n’avions pas regardé quelle partie du département allait le plus en bénéficier.
SC : Il faut également aussi savoir regarder ce qui se passe autour de nous. Sur le FAC en Saône-et-Loire par exemple, il y avait 1 900 dossiers à traiter, et le département a reçu 2 M€, contre 600 dossiers 2,1 M€ chez nous.
TC : Ailleurs on n’est pas mieux loti. Dans le Jura, le plan sécheresse s’élève à 120 000€ seulement. En Lorraine, rien n’est encore fixé, on parle d’une aide pour le transport de fourrage. Parfois, il faut aussi savoir dire merci.

Quelle suite pour les éleveurs ?
TC :
Tout cela ne soigne sûrement pas la maladie, mais ne fait qu’atténuer temporairement la douleur. Mais entre le FAC, l’aide sécheresse du département, et ce qui va être obtenu sur la MSA et avec l’administration fiscale, on est arrivé à une répartition équitable et équilibrée d’un soutien global qui représente 4 millions d’euros pour notre ferme départementale.
SC : Quant à la maladie dont souffre l’élevage, au-delà de ces aides ponctuelles, on la connaît bien : ce sont les prix qui sont trop bas et ne permettent plus aux éleveurs de vivre décemment de leur travail.

Propos recueillis par LD

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