Paillage : des enjeux multiples !

 

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Elevage / La qualité de la litière des bovins (fréquence du paillage, la quantité et la qualité de la paille) a des retentissements sur la propreté des animaux, la prévention des mammites et des boiteries.

L’observation du comportement des vaches, aussi bien en pâture qu’à l’étable donne une idée de l’importance à accorder au couchage. « Quand on regarde les vaches, on s’aperçoit qu’elles passent environ 50 % de leur temps couchés », expose Barbara Benz, spécialiste en éthologie bovine et enseignant-chercheur à l’université agronomique de Nürtingen-Geislingen. « Beaucoup de troupeaux sortent fatigués de la période hivernale », constate pour sa part Patrice Dubois, de Rhône Conseil élevage, qui incrimine le manque de confort du couchage des laitières.
Les conditions d’environnement propices à l’apparition et au développement des maladies infectieuses de l’onglon et de la sole sont bien connues, identiques d’ailleurs à celles des mammites d’environnement : « l’humidité, la dureté du sol, la présence de déjections et la pression
bactérienne », résume Barbara Benz, avant de donner quelques critères d’appréciation de la qualité du couchage. « En s’agenouillant simplement sur le sol, on peut évaluer à la fois la souplesse, la propreté et l’humidité de la surface. En se laissant tomber, on vérifie la capacité d’amortissement du sol. » Ce test donne les pistes d’amélioration éventuelles à mettre en œuvre : augmentation de la fréquence du paillage, mise en place d’une légère pente pour évacuer les fluides ou investissement dans des matelas caoutchouc pour les logettes, par exemple.

Réduire les risques d’infection
Une étude scientifique conduite dans le cadre du programme « bien-être animal » du département « Land and Food System » de l’Université de Colombie Britannique (Canada) a quantifié l’impact de la qualité des litières sur le comportement de couchage des vaches laitières. Il avait déjà été prouvé qu’en diminuant la quantité de litière dans les logettes creuses des vaches laitières, les temps de couchage se réduisaient fortement. Ce nouveau travail de recherche visait à mettre en évidence les effets de l’humidité de la litière sur le comportement des vaches laitières (préférences, comportements de couchage et debout). L’expérience a été réalisée de janvier à février 2007 dans une étable à ventilation naturelle de l’Université de Colombie Britannique. 24 vaches taries ont été séparées en quatre groupes. Les logettes creuses étaient recouvertes d’un matelas textile recouvert de 10 cm de sciure de bois (soit environ 7,5 kg/logette). Les couloirs de circulation étaient recouvert de tapis caoutchouc. Au bout d’une période d’adaptation de cinq jours, l’expérience a pu commencer. « Dans un premier temps les vaches ont été conduites dans des logettes creuses garnies avec de la sciure sèche (86,4 % MS) puis dans des logettes creuses paillées avec de la sciure humide (26,5 % MS). Les durées de couchage, ainsi que de station debout dans la logette et hors de la logette ont été chronométrées. »

Elles préfèrent le sec !
Les résultats parlent d’eux-mêmes : dans l’humidité, les vaches ne restent couchées que 8 heures par jour, contre 13 au sec ! À ce temps de couchage « manquant » se substituent les différentes modalités de station debout : avec deux pattes dans la logette et deux à dans le couloir (+2h) et debout dans le couloir de circulation (+3h). Avec toutes les conséquences que cela entraîne en termes d’efficacité alimentaire (qualité de la rumination) et de santé générale des animaux.
« 1 heure de coucher en plus, c’est 2 litres de lait en plus ! insiste pour sa part Julien Delabre, de Haute Loire Conseil Élevage : il faut appliquer quelques règles de travail préventif comme le paillage abondant des logettes et le raclage fréquent des aires d’exercices. Ceci doit permettre d’avoir des vaches propres. Une vache propre est une vache en forme. »
Après ce premier test par lot, les vaches ont ensuite eu le choix entre les deux options de couchage : sur litière de sciure sèche ou sur litière de sciure humide. Cela a permis de vérifier qu’elles affichent une très nette préférence pour les surfaces de couchage sèches (où elles ont passé en moyenne
12 h 30 par jour contre 30 minutes dans les logettes humides) et passent beaucoup plus de temps hors de la logette lorsque seule une surface de couchage humide est disponible.

Litières au banc d’essai
Des essais comparatifs mis en place par la DLG (Société allemande d’agriculture) font apparaître que c’est la paille défibrée qui a la meilleure capacité d’absorption (ce matériau absorbe quatre à cinq fois son propre poids en eau) et que c’est aussi l’option la plus inoffensive pour l’épiderme de la vache. Attention aux copeaux de bois et à la sciure, qui selon leur provenance peuvent provoquer des échardes et des irritations ! Quant au mélange paille et chaux ou paille et ­­­poudre asséchante, il nécessite un suivi précis des préconisations du fabricant. En cas de surdosage, on peut en effet constater des déssèchements de peau et des irritations. Une vérification facile à mettre en œuvre consiste à effectuer un test de frottement régulier des matériaux de litière (en particulier avec des copeaux de bois, la sciure et la chaux) sur le dessus de la main. Les quantités nécessaires varient selon le type de litière. Pour de la paille broyée, de la paille courte ou de la paille longue (seule ou mélangée à de la chaux avec un ratio de 1:1) il faudra compter de 300 à 500 grammes par jour pour la paille défibrée ou la paille broyée.

AC

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