Exercice grandeur nature dans le 90

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA

Sécurité sanitaire / Rien de tel qu’un exercice impromptu pour tester en temps réel la réactivité des services de l’Etat à une crise sanitaire grave : à Florimont, le 16 juin dernier, c’est une alerte à la grippe aviaire dans un élevage de pondeuse qui a été simulée.

Une centaine de poules sont mortes pendant la nuit dans l’élevage de pondeuses de Mme Gigon, à Florimont dans le Territoire de Belfort. L’éleveuse constate un comportement anormal des animaux… Le vétérinaire consulté lance l’alerte après un examen clinique : suspicion de grippe aviaire ! Ce sont les premières lignes du scénario élaboré par le Service Interministériel de Défense et de Protection Civile (SIDPC) de la Préfecture du Territoire de Belfort, dans le cadre d’un exercice. Dans la foulée, une exploitation voisine est aussi mise sous surveillance. « C’est important de réaliser régulièrement des exercices dans des conditions proches de la réalité, introduit Alexis Bévillard, directeur de cabinet du préfet du Territoire de Belfort : en effet, la gestion des crises implique différents services de l’Etat, ainsi que d’autres acteurs, qui doivent agir de manière coordonnée, afin d’avoir la meilleure efficacité possible. Le scénario n’a pas été distribué préalablement aux équipes, ce qui fait qu’on peut mesurer la réactivité en temps réel de tous les intervenants » Les crises sanitaires ne sont pas, bien entendu, les seuls thèmes sur lesquels portent les simulations. « Nous travaillons aussi sur les inondations, ou le risque sismique, par exemple, poursuit le directeur de cabinet. Ces exercices sont une phase essentielle pour tester le réalisme et la pertinence des plans, vérifier les procédures et évaluer les équipes et les moyens. »

Impact sanitaire et économique

Or le secteur agricole, encore très présent dans le petit département du “Territoire”, représente un enjeu économique et sanitaire important. « Les récents épisodes de grippe aviaire en Belgique et au Pays-Bas ont conduit à l’abattage de plusieurs milliers de volailles, rappelle Rémi Guerrin, le directeur de la DDCSPP (direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations) du Territoire de Belfort. L’impact économique d’une épizootie peut être très important pour les producteurs, mais également tout le secteur aval (abattage, commerce, voire export…) ». Ainsi, au cours des six derniers mois plus de 40 millions de poules et autres volailles ont été éliminées aux Etats-Unis à la suite d’une épidémie de grippe aviaire, probablement propagée par les canards et oies sauvages et qui s’est étendue à partir de l’Etat de Washington à 14 autres Etats du pays et à deux provinces canadiennes. Même si la grippe aviaire n’est théoriquement pas transmissible à l’homme, ce n’est pas le cas de toutes les épizooties. Et dans tous les cas, il importe de limiter la dissémination de la maladie, par tous les moyens réalistes possibles.
Les mesures immédiates consistent à faire un point précis sur la situation. « Des techniciens de la DDCSPP (anciennement DSV) ont été envoyés dans le bâtiment pour y effectuer des prélèvements, tandis qu’un périmètre de confinement était mis en place autour de la ferme », poursuit le directeur.
« Les résultats des analyses seront connus dans les vingt-quatre heures. On saura alors s’il s’agit du virus de la grippe aviaire, et si c’est le cas, un autre laboratoire en Bretagne vérifiera si la souche est hautement pathogène. »

Eviter la dissémination

Outre le prélèvement d’échantillons biologiques destinés à l’analyse bactérienne et virale, avec toutes les précautions qui vont de pair, les techniciens étaient aussi chargés de recueillir les éléments historiques de l’exploitation agricole permettant éventuellement de tracer l’origine de l’épidémie (arrivée de nouveaux animaux, d’aliments…) voire sa dissémination. « Cela permet de remonter à l’origine probable de l’épidémie, et donc de prendre les mesures adéquates pour circonscrire d’autres foyers potentiels », précise le directeur de cabinet du préfet. De plus, un périmètre de sécurité est matérialisé par des rubans de signalisation autour de l’exploitation agricole. Sur le chemin d’accès, les pompiers s’activent à remplir un rotoluve, c’est-à-dire un bassin provisoire dont la fonction est de désinfecter les véhicules qui sortent de la ferme. Le rotoluve a été installé par Farago, filiale des GDS de Franche-Comté. « C’est la première fois qu’un tel dispositif est mis en œuvre : c’est l’occasion pour nos équipes de vérifier qu’elles savent bien s’en servir, ailleurs que sur le parking. L’intérêt du rotoluve est surtout de matérialiser visuellement la zone surveillée, pendant les premières heures qui suivent l’alerte. » En parallèle, des logiciels de surveillance météorologique enregistrent les flux et les déplacements de masses d’air. « Etablir un périmètre de sécurité dans un rayon de cinq kilomètres autour du foyer épidémique n’est pas forcément pertinent : il faut adapter le dispositif de confinement aux conditions du terrain. », précise le directeur de la DDCSPP.
Retour à la normale en fin d’après-midi, après la visite et les prélèvements d’échantillons auprès de l’éleveur, la mise en place des mesures de confinement et l’enquête épidémiologique. « Cet après-midi, ce sera le test du déclenchement de la phase d’alerte avec activation du Centre Opérationnel Départemental (COD) en Préfecture. Enfin nous procéderons à un premier débriefing à chaud pour analyser les éventuels dysfonctionnements et trouver des mesures pour y remédier. Dans quelques jours, un second débriefing à froid permettra de tirer les enseignements de cet exercice grandeur nature et de faire bénéficier l’ensemble des services de l’Etat de notre retour d’expérience. », conclut Alexis Bévillard.

AC

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *