Lecornu

Décryptage / Katrine Lecornu était l’invitée de la journée lait organisée mercredi 27 mai par la FDPL de Haute-Saône à Vesoul. Présidente du réseau d’éleveurs European Dairy Farming, elle a transmis à l’assemblée son optimisme et son regard critique sur une France laitière qui se regarde sans doute un peu trop le nombril…

Les bonnes idées « viennent souvent de ceux qu’on attend le moins ». C’est ainsi que Katrine Lecornu, productrice de lait en Normandie et présidente du réseau d’éleveurs EDF (European Dairy Farmers), explique l’intérêt de se regrouper au sein de ce « think-tank » de producteurs de lait européens pour échanger les idées. « Toutes les entreprises ont leurs équipes de Recherche et Développement, continue-t-elle. Chez nous éleveurs laitiers, ça se passe autour de la table de la cuisine, entre deux travaux à la ferme. Avec le réseau EDF, on a juste décidé d’élargir la table. » Une table qui regroupe à ce jour près de 400 convives dans 18 pays, « ni les meilleurs ni les plus gros », juste « ceux qui ont envie de partager et de comprendre ».

Pas une bonne façon seulement de gérer une exploitation

L’intérêt de confronter les techniques entre divers pays européens, c’est avant tout de regarder, dans la grande diversité des systèmes de production européens, lesquels sont durables et lesquels sont voués à l’échec. Et le pluriel compte ! « Il n’y a pas qu’une seule bonne façon de gérer son exploitation laitière », confie d’expérience la productrice à l’assemblée. Car des producteurs qui s’en sortent, il y en a dans tous les pays. Aussi bien en Italie, où le choix des produits haut de gamme vient compenser les prix du foncier (120 000 €/ha dans la plaine du Pau !), qu’au Danemark malgré un endettement proche de 20 000 €/vache, ou encore en Allemagne où « la capacité d’adaptation des producteurs » vient contrecarrer la concurrence du biogaz.
Bref, des solutions existent pour faire plus que tenir la tête hors de l’eau, au lendemain de la fin des quotas, et ce dans tous les systèmes, et quelles que soient les tailles d’exploitation. « Avec un prix du lait à 360 €, la ferme familiale va dégager 10 k€ quand la ferme entrepreneuriale en sortira 200 k€. Mais lorsque le prix passe à 280 €, la ferme familiale subira une perte de 20 k€ alors que la ferme entrepreneuriale perdra 180 k€. » L’une et l’autre n’auront pas le même type de résistance à la volatilité des prix. « Les éleveurs qui envisagent un agrandissement doivent donc se poser cette question existentielle : veut-on gérer des vaches, ou veut-on gérer des hommes ? »

Compétitivité de la production laitière

Reste que dans les comparaisons entre pays réalisés par EDF, la quasi totalité des pays européens subit un prix du lait inférieur au prix d’équilibre à long terme (en comptant une rémunération de la main-d’œuvre à 16 €/h). On constate également que le prix de lait qui couvre les charges décaissées et la main-d’œuvre familiale est relativement constant entre les différents pays européens, en lait standard. Donc même avec des produits en faible mais constante augmentation (en tendance), les charges augmentent plus vite encore. Que faire alors ? « En tant que producteur de lait, je n’ai pas envie de me lancer dans la transformation. C’est un autre métier. Mais des marges de manœuvre existent, puisque dans tous les pays européens, il y a des fermes rentables, même sans DPU ! » Bénéficier d’un prix rémunérateur est donc certes nécessaire, mais au jour le jour, d’autres leviers sont disponibles : « L’efficacité de travail est 4 fois meilleure chez nos éleveurs
les plus efficaces : 26 heures de travail par vache et par an, contre 107 heures pour les moins efficaces. »

Investir aussi dans la main-d’œuvre

Comme dans tous les métiers, l’équilibre à trouver est donc un subtil arrangement entre trois éléments : « D’abord ce que vous aimez faire ; ensuite ce que vous savez faire ; enfin ce que votre client, le transformateur, souhaite que vous fassiez. » Et pour ce qu’on n’aime pas faire, il y a toujours la possibilité de déléguer, pourquoi pas en embauchant : « Il faut investir. Et pas seulement dans des bâtiments et du matériel, mais aussi dans la main-d’œuvre. » Un conseil de bon sens que Katrine Lecornu a su s’appliquer à elle-même, lui permettant de gérer à la fois une famille nombreuse, une exploitation moderne, et une association d’envergure internationale.

LD

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