Aborder sereinement de nouvelles étapes

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ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE L’ERMITAGE / Le vendredi 24 avril dernier, plus de trois cent personnes étaient réunies à la salle des fêtes de Bulgnéville pour assister à l’assemblée générale du Groupe Ermitage. Un point a notamment été fait sur l’avenir après la surpression des quotas laitiers.

Comme chaque année au printemps, la salle des fêtes de Bulgnéville était littéralement bondée, le vendredi 24 avril dernier. Des centaines de coopérateurs du Groupe Ermitage font en effet le déplacement tous les ans, afin d’assister à l’assemblée générale. Économiquement, le chiffre d’affaires consolidé 2 014 atteint 369 millions d’euros Hors Taxes. Il est en augmentation de 5,9 % par rapport à 2013, du fait d’une augmentation des volumes (55 500 tonnes, +1 %), d’une évolution du mix-produit qui a contribué à améliorer le prix moyen des fromages et d’une augmentation du volume des coproduits lactosérum et matière grasse, dont le prix a diminué.
Les ventes à l’exportation augmentent régulièrement. Elles représentent 20,4 % du chiffre d’affaires et 20 % du volume total (+ 2,4 %). « Le mix-produit à l’exportation est différent de celui de la France, avec notamment moins de fromages sous signe de qualité, ce qui explique sont prix moyen plus bas. », explique Jean-Charles Le Squeren, directeur général du Groupe Ermitage.
La cible commerciale principale du Groupe Ermitage reste l’Union Européenne, à 87,5 %. Les autres pays européens hors UE représentent 2 %. Les exportations dans les autres pays du monde s’élèvent quant à elles à 10,5 %. « Les ventes 2 014 ont été impactées par un niveau de consommation très hésitant en début d’année et par les conséquences de l’embargo russe de juillet 2014, précise Jean-Charles Le Squeren. En revanche, l’activité des derniers mois de l’année a été très intense. »

Une activité croissante

En 2014, la structure juridique du groupe n’a pas changé. Comme prévu, la filiale allemande Ermitage GmbH a commencé son activité. En revanche, la tour de séchage LACTOVOSGES n’a pas encore eu d’activité, la construction des équipements ayant débuté au mois de juillet 2014. La mise en route des installations est prévue en fin d’année 2015, et l’activité opérationnelle complète de cette filiale devrait intervenir au cours du premier semestre 2016. En termes de masse salariale, le Groupe Ermitage est vecteur d’emplois sur le territoire qu’il occupe. En 2014, le groupe Ermitage employait 937 salariés. La mise en route de LACTOVOSGES augmentera encore le nombre de salariés sur le site de Bulgnéville. « Mais je tiens à souligner les difficultés de recrutement que nous rencontrons pour des postes d’encadrement et certaines fonctions techniques spécialisées, pondère Jean-Charles Le Squeren. L’idée de former des personnes en recherche d’emploi pour répondre à cette demande n’est malheureusement pas adaptée. Car outre la formation nécessaire, il faut aussi avoir un certain temps d’expérience pour être efficace. Et cette expérience s’acquiert sur le terrain, aux côtés de personnes aguerries. Un bassin d’emploi qui s’appauvrit ne dispose pas facilement de ces moyens… »

Entre ressource laitière abondante…

Pour ce qui est de la ressource laitière, elle a été abondante en 2014, tant dans la zone nord (Lorraine/Champagne-Ardenne) que dans la zone sud (Franche-Comté/Alsace/Rhône-Alpes). Elle l’a également été dans les grands pays laitiers d’Europe et d’Océanie, ce qui a évidemment influencé les cours, en particulier au second semestre quand l’embargo russe est brutalement intervenu et quand les achats chinois de poudre de lait ont sensiblement diminué. L’année 2014 se solde par une hausse forte de la production laitière dans les grands pays exportateurs, malgré un ralentissement en fin d’année. « Nous enregistrons toujours une forte production en ce début d’année 2015, la ressource laitière collectée dépassant même les volumes des références administratives des producteurs, note Jean-Charles Le Squeren. C’est évidemment un sujet de préoccupation, car l’évolution des marchés reste incertaine. En 2014, le prix du lait, départ ferme, a sensiblement augmenté (+6 %), alors que les prix de vente des formages évoluaient peu et que ceux des coproduits diminuaient. A l’heure où l’encadrement des volumes a été supprimé et au moment où l’équilibre offre de produits laitiers/demande est déjà fragile, il est urgent de trouver les moyens d’harmoniser le volume de la production et celui qui est nécessaire pour alimenter les marchés rentables. »

Et fin des quotas

Sur le plan opérationnel, la fin des quotas laitiers conduit à gérer de nouvelles inconnues. C’est le cas du volume de l’offre laitière européenne : contenu par les quotas, il était prévisible. Désormais, il ne l’est plus. Chaque pays, voire chaque région, pouvant adopter une stratégie d’expansion plus ou moins forte. Il en va de même pour l’évolution de la concurrence : le prix-plancher du lait, acceptable par les producteurs, va varier en fonction de nombreux critères, notamment la performance individuelle des exploitations et les objectifs retenus. Enfin, l’évolution l’offre « produit » : avec une offre laitière encadrée, les marchés se sont organisés selon une offre produit assez stable, comme ils s’étaient organisés pendant la période précédente (beurre/poudre à l’ouest de la France. Fromages à l’Est). Cette offre peut se réorganiser d’autant plus vite et plus profondément que les pays européens ont encore des niveaux de vie largement différents qui leur permettent des prix du lait très différents. « Face à ces incertitudes inévitables, la nécessité de définir une stratégie claire en termes marketing, commercial et technique pour choisir les investissements, affecter les ressources, est évidente. C’est ce que fait le conseil d’administration depuis plusieurs années. », déclare Jean-Charles Le Squeren.

Des investissements nécessaires et calculés

Pour rester compétitif, le Groupe Ermitage continue d’investir. Les investissements prévus sur les années 2014 / 2015 / 2016 concerne essentiellement trois sites. À Bulgnéville, la construction d’un atelier de séchage du lactosérum produit dans le groupe et ponctuellement de lait, et l’extension des moyens de production de fromages à pâtes molles. À Clerval, l’extension des moyens de pré-emballage. Et à Vercel, la modernisation du site pour sécuriser les productions de fromages au lait cru. Leur montant total est évalué à 66 500 000 euros. « Le retard de plus d’un an enregistré pour démarrer les travaux LACTOVOSGES est aujourd’hui lourd de conséquences négatives : nous ne disposons pas de ces équipements, alors nous en aurions eu besoin au second semestre 2014 et encore actuellement pour mieux gérer notre ressource laitière… », déplore Jean-Charles Le Squeren. Plus globalement, les équilibres du bilan sont solides et permettent d’aborder avec confiance les temps difficiles à venir. Le chiffre d’affaires consolidé a augmenté de 7,2 %. Des chiffres encourageants, d’autant qu’ils accompagnent une rémunération du lait des coopérateurs et un prix d’achat auprès des producteurs qui font confiance à l’Ermitage parmi les meilleurs de la région. « La situation financière du groupe Ermitage est saine, les équilibres du bilan sont respectés et grâce à des résultats positifs réguliers, les fonds permettent d’investir au niveau indispensable pour répondre aux objectifs fixés par le conseil d’administration, que ce soit sur le plan commercial, technique ou humain, sans pour cela pénaliser le prix du lait, conclu Jean-Charles Le Squeren. Nous avons vu que de nouveaux défis se présentent, que ce soit du fait de la fin des quotas laitiers, de l’évolution de la filière laitière, de l’environnement… Le Groupe Ermitage peut aborder ces nouvelles étapes sereinement du fait de ses résultats passés, mais surtout parce que son conseil d’administration continue de préparer l’avenir lucidement, avec la confiance des coopérateurs, et parce que les coopérateurs veulent que leur région reste une grande région fromagère, capable de rivaliser avec les meilleurs. »

Émilie Michel
Le Paysan Vosgien

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