La situation se complique

Moissons / L’absence de fenêtre météorologique propice aux moissons inquiète à juste titre les cultivateurs : si la situation se prolonge, le risque est grand de voir se dégrader toutes les composantes qualitatives qui permettent de valoriser les grains.

Après un mois de juin plus humide et plus chaud que la moyenne des 20 dernières années (20 mm et 1 °C environ), juillet a débuté sous un régime d’averses quasi quotidiennes, et des températures relativement fraîches… Météo France explique cette situation un peu exceptionnelle par la présence d’une vaste zone dépressionnaire centrée sur les îles Britanniques. Celle-ci génère un flux d’ouest à sud-ouest, avec une circulation de perturbations plus ou moins actives, avec des orages localement violents et destructeurs. Cette instabilité ne fait guère l’affaire des agriculteurs, alors que les moissons s’annonçaient jusque-là prometteuses.

Pression fongique élevée
« La moisson des orges d’hiver a commencé, mais les pluies ont bloqué les chantiers de récolte, relate Emeric Courbet, technicien en charge des grandes cultures à la Chambre d’agriculture de Haute-Saône : 5 % des surfaces environ ont pu être moissonnées. Les premiers retours sont assez positifs, avec des rendements plutôt élevés (70 à 90 q/ha) mais peu de Ps et un petit calibrage, probablement la conséquence de la pluie en fin de cycle. » Différer la récolte augmente le risque de verse, avec à la clé baisse de rendement et dégradation de la qualité, ce qui peut compromettre le débouché brassicole. D’autant plus que l’humidité et la chaleur favorisent les maladies fongiques… Par chance, les orges sont moins sensibles que les blés au phénomène de germination sur pied. Les téguments des espèces du genre Hordeum sont en effet davantage soudés aux parois de la graine. Cette caractéristique physique limite de ce fait les entrées d’eau à l’intérieur de la graine. Elle réduit également les entrées d’oxygène, à destination de l’embryon, nécessaire à la germination (l’oxygène étant véhiculé par l’eau). Par ailleurs, les téguments des orges renferment davantage de quinones que ceux du blé, molécules qui fonctionnent comme de véritables pièges à oxygène quand l’eau pénètre. Côté blé, il n’y a encore rien d’alarmant pour l’instant, d’une manière générale. « Une partie des blés sont encore verts, même si dans certaines situations, ils ont atteint la limite », poursuit le technicien, qui a observé cette année une explosion des maladies fongiques. L’ergot du seigle, Claviceps purpurea, est visible dans de nombreuses stations « Certaines parcelles de blé enherbées de vulpins sont très touchées par l’ergot ! Il conviendra donc de surveiller la présence d’ergot dans les grains de blé, orges, triticale ou seigle. » Une situation d’autant plus inquiétante qu’à partir du 1er janvier 2022, les normes se resserrent et la quantité d’ergot ne devra pas dépasser les 0,2 g/kg brut de céréales.

Fusarioses très présentes
Les fusarioses sont également de la partie. « Mais leur présence n’est pas forcément synonyme de mycotoxines, relativises Emeric Courbet : les deux champignons incriminés, Micrococcum nivale et Fusarium roseum, produisent des symptômes difficiles à discerner, et seul le second produit des mycotoxines. Il faudra attendre les analyses post-récolte pour être fixés. » Reste que les conditions météorologiques n’expliquent pas tout. « En conjuguant les mesures agronomiques, c’est-à-dire la rotation, et le choix variétal en choisissant des variétés peu sensibles, on arrive à éviter la fusariose. » Enfin, de manière anecdotique, mais révélatrice des conditions particulières de cette année, de la rouille noire a été observée pour la première fois dans plusieurs secteurs. « Puccinia graminis se développe généralement en fin de cycle et peut causer de gros dégâts. En France, grâce à la sélection variétale et à la protection fongicide, le risque est nul : toutes les observations ont été faites sur des témoins non-traités. »
Pour les colzas, enfin, le scénario est également pessimiste, si l’impossibilité de moissonner perdure. « En 2014, on avait eu un phénomène de germination dans les gousses… on voyait sortir les cotylédons ! » se souvient le technicien.

Alexandre Coronel

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