Inquiétudes vis-à-vis des aides au maintien

Assemblée générale du GAB70 / L’agriculture biologique haut-saônoise est bien installée dans le paysage, avec près de 15% de la SAU départementale, et une bonne structuration des filières lait, viande, céréales et produits maraîchers. La décision régionale de supprimer les aides au maintien de l’agriculture biologique risque cependant de fragiliser économiquement les exploitations… 

L’entrain de la cinquantaine de participants à l’assemblée générale du Groupement des agriculteurs biologiques de Haute-Saône, le 23 juin dernier à Colombe-lés-Vesoul, témoigne déjà de la belle dynamique de ce mode de production… et aussi du plaisir des retrouvailles après les mois de confinement. Vincent Eyer, le président, n’a pas pu éviter d’aborder dans son rapport moral le sujet d’inquiétude présent à l’esprit de tous les producteurs, à savoir la fin de la MAB (aide au maintien de l’agriculture biologique). « Notre crainte vis-à-vis de la diminution des aides a été hélas confirmée, et cela s’est déjà traduit par une baisse des demandes de conversion sur le département. Reste la piste du crédit d’impôt… nous voulons rappeler, collectivement et au niveau national, que le passage à l’agriculture biologique reste le levier le plus efficace pour limiter l’utilisation des produits phytosanitaires ! »
Le rapport d’activité a permis de revenir sur les nombreux évènements auxquels a pris part le GAB70 en 2019 : journée consacrée à l’installation, conférence sur le changement climatique et l’intérêt de l’élevage dans le bilan carbone, printemps bio, foire des bio jours… « Nous avons aussi présenté les références technico-économiques de notre GIEE lait bio, qui compte une vingtaine d’exploitation, le 3 décembre dernier à Dampierre sur Salon. Ce réseau de références, qui permet de suivre les trajectoires et les évolutions de pratiques, est unique en France. C’est un outil précieux pour accompagner les conversions ! », a insisté Vincent Eyer.

Comptes équilibrés
Les comptes de l’organisme, présentés par Nicolas Mougin, sont équilibrés. Un tour d’horizon des différentes filières a permis d’aborder l’actualité de chaque production. Ainsi, en lait, les trois acteurs départementaux marquent une pause dans l’encouragement des conversions. « Le lait bio est payé en moyenne 485 € la tonne, ce qui est supérieur au prix national, mais le fort développement de la production laitière bio en Bretagne et dans les Pays de Loire entraine une concurrence, des phénomènes de compétition sur les prix… », note Vincent Eyer. Jean-Charles Russy, éleveur de limousines à Augicourt, a pour sa part souligné que « 70% de la viande bio est consommée sous forme de steaks hachés, ce qui est un frein à la valorisation des bons morceaux… ». Il a aussi évoqué le dossier du site de transformation d’Eloyes, dans les Vosges, qui devrait rouvrir en avril 2021.
Côté céréales, Jean-Louis Rougeot a fait le point sur la filière orge de brasserie, qui permet désormais de fournir du malt bio et local à 48 microbrasseries de la région… dont 6 ou 7 sont certifié bio. « Un groupe de producteurs de petits pois se met aussi en place », a-t-il aussi ajouté. Enfin Sylvie Marrau, en charge du groupe des maraîchers, a relaté les difficultés de cette filière à fournir « on n’arrive pas à suivre, il y a clairement un problème d’offre… il faudrait davantage d’installations, mais on butte souvent sur le problème de l’accès au foncier, un foncier qui permette l’irrigation, et avec un accès à l’électricité. C’est souvent un frein pour les porteurs de projet qui sont pour la plupart des installations hors-cadre familial. »

Visite de ferme
Deux nouveaux administrateurs ont été élus au conseil d’administration du GAB70 : il s’agit de Pascale Garret, productrice de fruits à Fougerolles, et de Daniel Paulien, producteur de lait à Battrans. Cette assemblée générale s’est conclue par la visite du Gaec du Champ du Roy. Sur la commune de Colombe-lés-Vesoul, Valentin Fleytoux et Philippe Goux, les deux exploitants, élèvent un troupeau de 35 vaches montbéliardes pour une production de 160 000 litres de lait. « Notre principale difficulté, c’est la production fourragère, et l’autonomie alimentaire. Nos terrains sont séchants. » A l’avenir, ils envisagent de se tourner vers la transformation du lait en fromage, ce qui permettrait de diminuer l’effectif du troupeau et de retrouver quelques marges de manœuvre en matière de bilan fourrager.

Alexandre Coronel

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