Rééquilibrer le rapport capital/travail

conf.Bio

Conférence / Le 14 décembre dans l’amphithéâtre de Vesoul Agrocampus, le GAB 70 proposait une conférence/débat ouverte au public sur le thème « Quel(s) modèle(s) agricole(s) pour demain ? ». Pour aborder cette question d’un point de vue politique et économique, le GAB 70 a sollicité l’intervention de Jean-Christophe Kroll, professeur émérite d’Economie à Agrosup Dijon.

Pour le Pr Kroll, spécialiste de la Pac, le marasme agricole actuel est complètement lié au changement profond de doctrine qui a été opéré dans l’UE, notamment sous l’impulsion de la Grande Bretagne. Le modèle productiviste encouragé dans les années 60 a fonctionné dans un contexte de forte demande domestique, de croissance industrielle et tant que les réserves de productivités étaient fortes. Dans les années 80, avec un contexte peu à peu inversé, ce modèle a montré ses limites sociales, environnementales et budgétaires pour l’UE. Le principe de coopération s’est effacé au profit du principe de compétitivité et la nouvelle doctrine de l’UE n’a qu’un nom : la dérégulation. « Pour moi, on a condamné la Pac quand on a supprimé les Organisations Communes de Marché ».

Une politique agricole schizophrène
Le Pr Kroll dénonce l’incohérence d’une politique où on s’attache dans les aides du 1er pilier à encourager la compétitivité, l’agrandissement, la spécialisation, la régionalisation, avec les conséquences environnementales induites et où on essaie par le second pilier de promouvoir la durabilité, le maintien de l’activité en zone rurale, la diversification, le soutien aux zones difficiles, les mesures agro environnementales… « On tente de reconstruire avec 20 % du budget ce qu’on a déconstruit avec 80 % ! » martèle le professeur. Malgré les annonces, l’orientation des subventions reste favorable aux exploitations « les moins respectueuses de l’environnement », c’est ce que montrent les statistiques du Réseau d’Information Comptable Agricole qui a comparé les exploitations sur ce critère. « Quelle n’est pas alors notre surprise de constater qu’elles sont économiquement les plus fragiles malgré ces subventions proportionnellement plus importantes ! ».

La nécessité de démystifier
Le professeur Kroll s’est également évertué à tordre le cou à quelques mythes qui perdurent dans le monde agricole.
• « Des prix bas, c’est bon pour le consommateur ! » : Les exemples montrent que le consommateur ne profite pas des baisses de prix qui sont captées par les intermédiaires.
• « La dérégulation améliore l’efficience économique » : Ce serait le cas si la compétition se faisait avec des pays aux règles sociales, fiscales et environnementales homogènes, ce qui n’est déjà pas le cas au sein même de l’UE.
• « Exporter pour nourrir le monde » : Cette vieille idée fait abstraction de la loi du marché, ceux qui ont faim n’ont pas d’argent et nos exportations détruisent leur agriculture et leur économie. Leurs réserves de productivité sont considérables contrairement aux nôtres. Améliorer leurs rendements serait plus facile, plus économe et plus efficace pour fournir davantage de nourriture.
• « Les grandes exploitations sont plus compétitives » : C’est absolument faux d’un point de vue économique. La valeur ajoutée par hectare des grandes exploitations est plus faible que celle des petites exploitations. Ce sont les subventions qui maintiennent les grandes exploitations, davantage que les petites. Il y a une différence fondamentale entre la compétitivité marchande et la compétitivité économique.

Une agriculture durable ne se fera pas sans une politique agricole durable
Pour terminer son intervention, JC Kroll a présenté son plaidoyer pour une agriculture innovante. Une agriculture politiquement soutenue et soutenable qui favoriserait les aides à l’actif, avec un plafonnement, pour rééquilibrer le rapport capital/travail et favoriser la transmissibilité des fermes et l’accessibilité au métier pour les jeunes. La politique agricole financerait idéalement la recherche et le développement de systèmes de productions durables en aidant les investissements nécessaires à sa transformation. Enfin il est important pour JC Kroll de sécuriser le revenu des producteurs sans quoi ils ne pourront répondre aux enjeux environnementaux qui impliquent de prendre davantage de risques. Le professeur a manifesté son inquiétude sur la renationalisation de la PAC qui semble inévitable au vu de ce qui est discuté actuellement dans l’UE. Après un échange riche avec la salle, qui a notamment rappelé le pouvoir du consommateur dans la révolution des pratiques agricoles, le GAB 70 a invité les participants à déguster un panel de produits bios haut-saônois.

GAB 70

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