Réussir l’implantation en fin d’été

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Prairie / Bien implantée, une prairie dure plus longtemps et exprime plus tôt sa productivité. Cela passe par le choix de la période optimale de semis, une bonne préparation du lit de semence, sans oublier le désherbage et la lutte contre les ravageurs.

Destinée à la fauche ou à la pâture, voire aux deux types d’utilisation, la prairie constitue le pilier des systèmes d’élevage dont l’alimentation repose sur l’herbe et le foin. C’est d’autant plus vrai quand la fin du printemps et le début d’été trop humides n’ont pas permis de valoriser à plein la saison de pâturage. Pour Sabine Battegay, de la délégation régionale de Bretagne d’Arvalis Institut du végétal « une fois choisie l’espèce et la variété adaptée à la situation (sol, climat, exploitation…), la réussite de l’implantation peut se résumer à trois objectif. En premier lieu, il faut éviter un échec dû au gel ou à la sécheresse. Ensuite, il faut obtenir une pelouse dense et régulière, enfin il faut obtenir un enracinement qui permet de bien exploiter le sol. »
Pour limiter les risques d’échecs liés au climat, c’est la date de semis qui sera le principal paramètre, avec d’importantes différences selon la région où l’on se trouve. « Les semis de fin d’été présentent l’avantage de permettre une production importante dès le printemps suivant. Ils sont, en revanche, déconseillés dans les zones de montagne en raison des risques de gel précoce. Tenez-vous prêts dès le début août et semez dès les premières pluies, afin, d’atteindre le stade 4-5 feuilles pour les graminées ou 2-3 feuilles trifoliées pour les légumineuses avant l’apparition d’une gelée importante. », préconise la spécialiste.

Avant le 10 septembre pour les ray-grass
Dans le quart nord-est, il faut viser une implantation avant le 10 septembre pour les ray-grass, le 30 août pour les dactyles, trèfle violet, luzerne et la fétuque élevée. Plus au sud et à l’ouest, ces échéances peuvent être reculées de 10 à 20 jours. « Au-delà de ces dates, il y a le risque d’une forte baisse du rendement du premier cycle pour le ray-grass d’Italie ou la destruction des jeunes semis par le gel plus de deux années sur 10 pour les autres espèces. » Côté densité, l’objectif est d’assurer un peuplement à la levée d’environ 250 pieds par mètre carré pour les bromes et les ray-grass d’Italie, et de 500 pieds par mètre carré pour les autres espèces. Le moyen d’y parvenir est essentiellement d’employer des doses de semences adéquates (voir tableau). Au-delà de la quantité, la qualité de répartition a aussi son importance : « une distribution régulière des semences sur toute la surface assure une couverture rapide du sol, ce qui améliore la portance de la prairie pour les animaux. Chaque fois que la prairie doit être exploitée en pâture, la répartition des graines à la volée ou en lignes espacées de 8 à 12 cm est conseillée. » A la volée, le lit de semences doit être très bien émietté et la distribution se fait avec un semoir classique dont les descentes ont été enlevées. Un ou deux passages de cultipacker permettent ensuite d’enfouir les semences. « Cette technique est bien adaptée aux semis de fin d’été. »
En matière de mode de semis, trois possibilités s’offrent aux éleveurs. « Le semis sur sol nu est la technique la plus sûre et la plus courante, son principal avantage est de simplifier et garantir l’efficacité des opérations culturales : travail du sol, semis et protection se font uniquement en fonction de la ou des espèces prairiales retenues… » Seconde alternative : le semis sous couvert de ray-grass d’Italie. « Cela consiste à semer une ou plusieurs espèces à installation lente avec du ray-grass d’Italie. Ce type de prairie assure une production dès la première année et une bonne pérennité, sous réserve que les substitutions entre espèces se fassent correctement. Pour cela, il faut limiter la dose de semis du ray-grass d’Italie à 6 kg/ha. » Variante de cette solution, le remplacement du ray-grass par une céréale d’hiver qui sera pâturée ou récoltée en vert au printemps. Enfin, la dernière possibilité consiste à semer sous couvert d’une céréale de printemps. « Cela permet d’assurer une production, légèrement réduite, l’année du semis. Il faudra limiter la croissance de la céréale abri pour ne pas étouffer la plantule. L’implantation peut se faire en deux passages de semoirs : le premier pour la céréale de printemps et le deuxième pour l’espèce prairiale. »

Lit de semence homogène
Pour une levée rapide et régulière, les semences doivent idéalement être placées à un centimètre de profondeur maximum, dans un lit de semence très émietté (mottes de diamètre inférieur à 3 cm), avant un rappuyage énergique à l’aide d’un cultipacker ou d’un outil équivalent. Le rouleau lisse doit être évité à cause des risques de créer une croûte de battance. « Les principaux accidents à éviter sont les suivants :
– un lit de semence hétérogène, où le contrôle de la profondeur de semis sera difficile et la levée mauvaise et échelonnée,
– la présence en surface de grosses mottes (cinq cm et plus) qui empêchent les jeunes plantules de lever,
– un mauvais contact sol-graine, si le lit de semence est trop motteux ou le sol trop soufflé, au printemps il peut même y avoir destruction complète des jeunes plantules par dessication,
– la formation d’une croûte de battance, favorisée par l’excès de terre fine et l’absence de micro-relief en surface. »
Un sol bien rappuyé sans discontinuité marquée et se ressuyant très vite en surface est le gage d’un enracinement exploitant bien le sol. Pour cela il faut prendre garde au broyage des résidus et à leur enfouissement en fond de labour. La présence de matière organique en fond de labour peut faire obstacle au développement des racines. On peut aussi rencontrer des creux en fond de labour quand ceux-ci sont insuffisamment rappuyés, ou encore des compactages en fond de couche arable.
En matière de protection du jeune semis, il faut limiter la concurrence des mauvaises herbes. « Chaque fois que c’est possible, cela passe par une préparation du lit de semence à l’avance, pour favoriser la levée des graines des adventices. La technique du faux-semis permet de détruire une bonne partie du stock de graines d’adventices susceptibles de lever dans la prairie avant l’implantation de celle-ci. En fonction des mauvaises herbes présentes, on peut compléter par un traitement herbicide post-levée. »
Enfin, pour la partie ravageurs « il est prudent derrière une prairie de prévoir un traitement insecticide avant le semis pour prévenir les attaques des taupins, vers blancs et tipules. Du semis à la levée, il faut surveiller les limaces – par exemple avec des pièges disposés dans la parcelle – et traiter avec des granulés à base de métaldéhyde ou de mercaptodiméthur. »

Alexandre Coronel,
d’après Arvalis Institut du végétal

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